Traditionnellement, les tarifs d'électricité ont été conçus en définissant une structure tarifaire — composée d'un abonnement mensuel fixe ($/mois) et d'une tarification à la consommation ($/kWh) — compatible avec les capacités de comptage existantes (généralement un dispositif électromécanique dont le nombre de tours est proportionnel à l'énergie consommée), de sorte que le coût total estimé de la fourniture d'électricité pour une année donnée puisse être couvert par l'application de ce tarif aux clients.
Les grands clients industriels ou commerciaux – ainsi que les clients résidentiels dans certains pays – étaient généralement soumis à des structures tarifaires plus complexes, incluant une composante liée à la puissance (en $/kW) ; cette puissance pouvait correspondre, par exemple, à la capacité d'utilisation maximale souscrite ou à la demande individuelle coïncidant avec la pointe du système. Des modèles tarifaires avancés intègrent également une différenciation temporelle (saisonnière, jours de semaine et week-end, jour et nuit, voire horaire). Le coût total estimé de la fourniture devait être réparti entre les trois composantes des tarifs. Ainsi, l'élaboration des tarifs consistait à : i) calculer les coûts totaux de production, des réseaux de transport et de distribution, de la commercialisation, de l'exploitation du système, de l'autorité de régulation et de tout autre coût inclus dans le tarif (le « besoin de revenus réglementés » ou RRR pour chaque activité et pour le montant global) ; et ii) répartir efficacement ces coûts (en appliquant des critères de causalité des coûts) entre les (deux ou trois) composantes tarifaires de chaque client, de sorte que l'application du tarif à l'ensemble des clients sur une année permette de couvrir le coût total estimé de la fourniture.
La présence de ressources énergétiques distribuées (RED) a radicalement changé la donne, car ces ressources peuvent également fournir des services électriques à valeur économique. Par conséquent, les tarifs doivent désormais être conçus selon une approche différente, fondée sur les services fournis ou reçus par chaque acteur. Chaque acteur doit être rémunéré pour les services qu'il fournit et payer pour ceux qu'il consomme. Là encore, les coûts correspondants doivent être ventilés entre les (deux ou trois) composantes du tarif. Tout coût que les autorités de régulation jugent nécessaire d'inclure dans le tarif, mais qui ne peut être imputé à l'énergie consommée (kWh) ou à la puissance appelée (kW) par les acteurs, doit être couvert par la composante fixe du tarif ($/mois) sous forme de « charge résiduelle ».
Il est donc important de réfléchir dès maintenant à la fourniture de services d'électricité : quels services existent et quels sont les coûts associés à leur prestation.
Définitions indispensables.
L'approvisionnement en électricité nécessite la fourniture de divers « services électriques ». La prestation de ces services engendre des coûts qui doivent être recouvrés par le biais de tarifs réglementés ou de prix de marché.
Les « prix » résultent de services d’électricité fournis dans des conditions de marché.
Les « tarifs réglementés » sont fixés par une autorité de régulation afin de couvrir les coûts d’une activité réglementée.
Le terme « charge » est fréquemment utilisé pour désigner toute composante du tarif.
Les services électriques pertinents pour l'étude des ressources énergétiques décentralisées (RED) sont le service d'énergie, le service de réseau, les réserves opérationnelles et la capacité de production ferme. Il existe d'autres services, moins pertinents pour cette étude.